« Que dit la loi ? Tu ne tueras pas ! Comment le dit-elle ? En tuant ! »

Bien évidemment, il s’agit ici d’une réflexion sur la peine de mort. Mais avant cela, un peu d’Histoire…

18 septembre 1981. Après deux jours de débats, l’Assemblée nationale adopte par 363 voix contre 117, le projet de loi portant l’abolition de la peine de mort présenté par Robert Badinter, alors garde des Sceaux et ministre de la Justice. Douze jours plus tard, le texte est voté par le Sénat, par 160 voix contre 126.

Vidéo : Discours de Robert Badinter

Au départ, la peine de mort était vue comme une réparation indispensable, comme une garantie de la sécurité pour les sociétés. Il a fallu tout de même attendre le XVIIIème siècle pour que la légitimité de celle-ci soit remise en cause. C’est à cette époque que débute réellement le débat sur le droit de l’État de supprimer la vie.

Avant cela, la peine de mort était considérée comme une évidence. Elle l’est toujours aux yeux de certains de nos concitoyens. Essayons donc de voir quels sont les arguments en faveur du rétablissement de cette punition. En effet, la peine de mort est souvent le moyen de « rendre justice ». C’est la loi du Talion. C’est-à-dire qu’il est logique de tuer quelqu’un qui a lui-même enlevé la vie à une autre personne.  Une sorte d’équilibre, de proportionnalité entre la faute et la sanction. Ainsi, elle est utile pour dissuader de commettre l’irréparable, une menace pour intimider celui qui veut tuer. Car il est normal d’avoir peur de la mort. On se dit alors que quelqu’un y réfléchirait à deux fois avant de tuer, violer, etc… Puis, j’imagine le soulagement que la famille et les proches de la victime peuvent ressentir si le criminel en question est éliminé ! On nous dit souvent que les personnes incarcérées peuvent sortir au bout de X années, pour « bonne conduite ». Et lorsqu’ils sortent sans avoir été suivis psychologiquement, réinséré dans la vie active, il y a un risque de récidive. Donc, pour éviter cela, autant supprimer définitivement le fauteur, non ? Ensuite, vient l’argument économique : la peine de mort est rentable. Pourquoi ? Parce que cela nous coûte moins cher que d’entretenir les délinquants en prison. Après tout, pourquoi devrions-nous payer pour des criminels ? On pourrait investir l’argent ailleurs !

Mais alors, pourquoi la peine de mort a-t-elle été remise en cause ?

Il est vrai qu’aujourd’hui cette question fait encore débat. Nous pouvons prendre par exemple le programme de Marine Le Pen pour le Front National à l’élection présidentielle. Je suis allée faire un tour sur leur site (http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/autorite-de-letat/securite/) et voici une capture écran que j’ai pu faire :

Pour ma part, je trouve cette position dangereuse. Je pense que même la plus monstrueuse des personnes a le droit à une seconde chance. Je m’explique. En fait, cette question en pose plusieurs, notamment celle du pardon. En effet, si nous condamnons quelqu’un à mort, cela veut dire qu’il ne mérite pas le pardon. Y a-t-il des faits tellement inhumains qu’ils semblent impardonnables, au point de mériter la peine de mort ? Mais qui sommes-nous pour juger de l’impardonnable ? Juger qui mérite le pardon et qui ne le mérite pas, n’est-ce pas juger qui mérite l’humanité ? De quel droit alors un homme peut-il juger de l’humanité d’un autre ? Certes, la démonstration qui va suivre s’inscrit dans un point de vue philosophique, mais il semble nécessaire ici de rester objectif, et d’écrire sans se laisser submerger par la passion qui nous anime.

Traditionnellement, le pardon est réservé à Dieu, au Roi. Seul Dieu peut juger de l’impardonnable. Ainsi, refuser le pardon c’est se prendre pour Dieu, et donc, c’est être injuste. Le pardon relie ( religio ) les hommes. Laïquement, refuser le pardon, c’est entretenir la haine, la rancœur, c’est préparer à la vengeance. Seul le pardon permet la cohésion sociale. Sans lui, pas de vie en commun. Car l’injustice subie ne doit pas nous rendre injuste nous-même. De plus, tout homme peut regretter, changer. Refuser le pardon, c’est refuser que l’autre puisse être un homme. Mais un homme ne se réduit pas à ce qu’il a fait. Attention, en aucun cas il ne s’agit ici de dire que, pardonner, c’est lever les sanctions pénales ! Si la sanction est une vengeance, la lever revient à pardonner. Si la sanction est une peine objective, elle est indépendante du pardon, de la victime. Une justice de la victime est une justice de la vengeance, comme c’est le cas pour la peine de mort. Le pardon sera donc d’autant plus facile si le coupable demande le pardon. En fait, celui qui revendique sa faute devient un monstre et semble alors inhumain donc impardonnable. Mais alors la question ne se pose pas car dominé par sa monstruosité, il perd sa volonté propre et donc sa responsabilité. Cette attitude pathologique n’est donc plus d’ordre morale, elle est amorale. Mais la mort n’est pas pour autant une solution…

Enfin, il nous vient à nous demander quelles seraient les sanctions encourues par le coupable, et donc parler des prisons et remettre en question ce système carcéral. Peut-être dans un prochain billet ?

Merci à Didier pour le cours de philosophie sur le pardon, sans lequel je n’aurais pu écrire cet article.

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