La fracturation hydraulique est-elle vraiment utilisée en géothermie profonde ?

Le 6 juin dernier, le rapport parlementaire présenté par Jean-Claude Lenoir (sénateur UMP) et Christian Bataille (député PS) a relancé la polémique en plaidant pour l’exploration des ressources du sous-sol, et notamment des gaz et huile de schiste.

Je ne vais pas revenir sur les différents arguments qui me font dire que l’exploitation des gaz et huile de schiste serait un désastre à la fois pour l’environnement et pour la santé publique, mais sur le faux-argument selon lequel la fracturation hydraulique, technique appliquée pour optimiser l’exploitation de réservoirs hydrocarbures conventionnels, serait utilisée en géothermie profonde. Ce qui est, à vrai dire, totalement faux.

Aujourd’hui, la fracturation est utilisée pour :

– Le développement de réservoirs d’hydrocarbures non-conventionnels ;

– Le développement de réservoirs géothermiques profonds.

L’objectif commun de ces deux techniques est de modifier la perméabilité de formations rocheuses cibles afin de faciliter l’écoulement d’un fluide pour libérer de l’énergie.

Or, l’abstraction des objectifs énoncés ci-dessus conduit à un amalgame et une banalisation à l’extrême du risque industriel inhérent à l’exploitation des hydrocarbures de roche mère. C’est pour cette raison que nous devons, pour plus de clarté, utiliser des termes différents pour différencier ces deux techniques.

Ainsi, pour le développement de réservoirs hydrocarbures non conventionnels (roches relativement imperméables contenant du pétrole ou du gaz), nous parlerons de fracturation hydraulique, ou de fracking.

Pour définir la méthode de développement de réservoirs géothermiques, nous utiliserons le terme de stimulation hydraulique.

  • Quelles sont les différences entre la fracturation et la stimulation hydraulique ?

La fracturation hydraulique SGF (shale gaz fracking) vise un schiste gazéifère, c’est-à-dire une roche sédimentaire feuillée dont la spécificité est de contenir du méthane. La profondeur minimale d’extraction est de l’ordre du kilomètre, où la température des roches est comprise entre 50°C et 150°C, si l’on retient le gradient géothermique moyen terrestre d’environ 30°C par kilomètre.

Il est indispensable de fracturer massivement la roche pour récupérer le gaz, en injectant de grosses quantités d’eau et de produits chimique, car les bulles de gaz de schiste sont emprisonnées dans une formation extrêmement compacte (zones complètement imperméable).

Entre parenthèses, une étude de l’université de Duke a mis en évidence le lien entre pollution de l’eau et les gaz de schiste : les concentrations en méthane sont en moyenne six fois supérieures, et celles en éthane 23 fois plus grandes dans l’eau potable des maisons se trouvant à moins d’un kilomètre de sites de forage que dans celles situées au-delà de cette distance.

En outre, pour extraire les gaz de schiste, il est important de rappeler que 1000 à 2000 mètres cube d’eau par puits sont nécessaires, tout en sachant que chaque forage horizontal est fracturé une dizaine de fois en moyenne. Je vous laisse faire les calculs…

Ce fluide de fracturation utilisé pour les hydrocarbures n’est pas seulement constitué d’eau (90% environ), mais aussi d’agents soutènement (proppants utilisés pour maintenir les fissures ouvertes, le plus souvent du sable, à 9,5%. Le terme proppant est emprunté à l’anglais proppant, issu du verbe to prop : soutenir, étayer) et d’additifs chimiques (0,5%).

Le plus préoccupant n’est pas tant la toxicité initiale de ces fluides, mais la toxicité héritée de la fracturation hydraulique. En effet, après chaque opération de fracturation, les fluides tendent à accumuler des composés toxiques extraits des roches. Des problèmes de remobilisation de contaminants dans l’environnement se posent donc car une partie de ces fluides restent dans le sol.

En géothermie, le milieu est naturellement fracturé, et contient déjà de l’eau, que l’on peut utiliser, mais surtout, on n’a pas besoin de produits chimiques (seul l’acide chlorhydrique est utilisé pour éviter le colmatage une fois le forage terminé).

De plus, contrairement aux gaz de schiste, la roche ciblé est plus profonde, ce qui permet d’atteindre des températures comprises entre 120°C et 270°C. Il s’agit en général d’une roche naturellement propice à se fracturer.

L’objectif de la stimulation hydraulique est daugmenter la perméabilité de la roche, sans créer de nouvelles fissures. Ainsi, on utilise dix fois moins d’additifs, en volume et en nombre de produits.

Pour ce qui est des eaux usées, il faut savoir que la géothermie fonctionne en circuit fermé, et donc que les eaux pompées sont réinjectées dans le réservoirs une fois refroidies.

Un autre détail qui a son importance : il faut beaucoup moins de puits en géothermie pour exploiter la chaleur. L’impact paysager de la géothermie EGS (enhanced geothermal system) est donc relativement localisé, ce qui n’est pas le cas de la fracturation hydraulique qui intéresse surtout de grands territoires, tectoniquement très calmes.

Alors que pour la géothermie le risque est seulement sismique, les risques liés à l’extraction des gaz de schiste est essentiellement chimique (contamination du sous-sol).

  • Pourquoi crée-t-on alors cet amalgame entre fracturation et stimulation hydraulique ?

Tout simplement car la fracturation hydraulique est interdite en France depuis deux ans. Et pour les pétroliers qui voient dans la France un nouvel eldorado du gaz de schiste, cet interdit les empêche de rêver.

L’Agence américaine d’information sur l’énergie estime que la France possède plus de 5 milliards de mètres cube de gaz de schiste (chiffre difficile à vérifier mais qui fait tourner la tête à plus d’un industriel du pétrole, des foreurs, et spécialistes du traitement des eaux…)

D’ailleurs, ce même rapport auquel je faisais référence en début d’article est la preuve même de cette volonté de créer un amalgame entre fracturation et stimulation hydraulique, et ce, malgré les avertissements de différentes organisations : « La parole n’a été donnée qu’aux industriels et aux groupes de recherches, qui tous deux ont intérêts à l’autorisation de l’exploration » affirme Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement. De même, « Ce rapport est stupéfiant, on est face à un discours de lobbyiste », s’emporte Alain Roubineau, membre des collectifs contre le gaz de schiste (coordination sans représentants nationaux).

En réalité, pour ce rapport, seule une petite poignée d’associations a été consultée, mais on n’en retrouve aucune trace dans ce texte. A nous d’en tirer les conclusions nécessaires, mais pas seulement. Il faut informer, sensibiliser, alerter afin que la France ne tombe pas entre les mains des lobbyistes pétroliers.

A ce propos, ne ratez pas le film/documentaire Gasland, mardi 9 juillet à 20h30 sur Arte…

Camarades écologistes, que faîtes-vous encore au gouvernement ?

Lors du second tour des élections présidentielles, le Front de Gauche a appelé à battre la droite et donc la politique de Droite. Or, on s’aperçoit depuis quelques temps que celle menée par le gouvernement en est une. A moins que seule l’étiquette PS soit suffisante pour dire que le gouvernement est de gauche, mais ce n’est pas mon avis.

En ce qui me concerne, je pense qu’on a appelé à battre la droite, et que l’on a échoué. Parce que la droite (au du moins, la politique de droite) est encore au pouvoir. Oui on connaissait le programme d’Hollande, ces non-promesses, etc… Mais franchement, est-ce que nous nous attendions à ça ?! Je n’ai pas voté pour lui, donc j’ai l’impression ça me pèse moins qu’à certains camarades qui ont eu le courage de mettre un bulletin dans l’urne qui ne reflétait pas ce que nous voulions pour la France.

Il me semble, mais je peux me tromper, qu’EELV soit allé au pouvoir avec un minimum d’accord avec le PS, sur une base programmatique… Mais vue la politique menée aujourd’hui (EPR, NDDL, le report de la fermeture de Fessenheim, etc… la liste est trop longue), quel est l’intérêt à rester dans un gouvernement qui ne leur donne aucune carte en main ? Et qui leur tape sur les doigts dès qu’ils osent dire qu’ils ne sont (pas trop) d’accord ?

Quitter le gouvernement aurait été un signal fort. Pour le PS, pour les électeurs qui ont voté EELV, et pour nous aussi. Quitter le gouvernement, en soutien à Delphine Batho, c’est aussi lui faire comprendre qu’il fait fausse route, et que, pourquoi pas, s’il ne change pas de politique, qu’une alternative forte, écosocialiste, aller se former. C’est en train de se faire progressivement. D’ailleurs, on l’a vu le 5 mai, avec Eva Joly qui a participé à la marche pour la 6ème République, et nombreux de ses militants !

Alors, camarades, qu’attendez-vous ?